Traduction: VISITE D'UNE MANUFACTURE SOUTERRAINE D'ARMES DE V. 1
(23 septembre 1944)

Reportage du Dr. C.N. Hichman (U.S.) Mission Alsos CIOS - Liste noire - 4 - Fusées.
Services secrets combinés - sous comité - G-2, division Shaet (REAR) APO-413 - Confidentiel.

Contenu / Objet / I - Reportage / II - Illustration

Personnel: Dr. C.N. Hichman (U.S.) Alsos Mission Chairman Col. W.A. Beasley, Signal Corps Lt. Col. R.H. Ranger
Théâtre des opération européennes - Armées des Etats-Unis Mission Alsos

26 septembre 1944

P. 3 - Visite d'une usine souterraine V. 1

1) Des rumeurs sont parvenues à Paris selon lesquelles l'armée américaine aurait découvert une manufacture pour pièces de fusée V. 1. Cette installation serait localisée dans une mine de fer près de Verdun. Plus tard, il y a eu confirmation et la mine de fer a été localisée à Thil, petite agglomération qui se situe à mi-chemin entre Verdun et Luxembourg.
2) Le Lt. Colonel Ranger et M. Omberg ont projeté un voyage à Verdun, en relation avec leurs investigations, et j'ai demandé l'autorisation de les accompagner afin de pouvoir visiter la manufacture de V. 1. Le samedi 23 septembre le Lt. Colonel Ranger et M. Omberg, un chauffeur et moi-même avons pris le chemin en direction de Verdun passant par Châlons-sur-Marne. Nous sommes arrivés très tôt l'après-midi et avons passé le reste de la journée à commenter les travaux du Lt. Colonel Ranger.
Nous avions décidé de visiter la mine le jour suivant. Le Lt. Colonel Ranger, le Colonel W.A. Beasley du Corps de liaison et moi-même nous sommes allés à Thil pour visiter l'usine souterraine. Nous avons emprunté la route passant par Etain et sommes arrivés vers midi. Nous avons trouvé un lieutenant chargé de la surveillance de la mine. Il nous a indiqué de suivre la ligne de chemin de fer principale, qui servait pour les wagonnets et qui aboutissait à l'usine souterraine. Malheureusement, nous avons suivi une autre voie que celle indiquée et avons parcouru une distance de quatre à cinq miles sans avoir trouvé la mine. Persuadés de notre erreur, nous avons fait demi-tour et avons rencontré un autre groupe qui cherchait lui aussi l'entrée de cette usine. Il s'était également trompé d'itinéraire. Ensemble nous avons pris le chemin du retour, suivant un autre parcours et, après une longue marche, nous avons atteint notre but. L'usine est située à environ 1 mile et demi de l'entrée. Les Français nous ont expliqué que tous les ouvriers arrivaient à pied au travail. Il y en avait deux mille par tournée et ils travaillaient sur trois postes. Le travail minier continuait pendant toute cette période avec un effectif d'environ 70 mineurs. Les Allemands sont arrivés au mois d'avril 1944. Environ cinq cents d'entre eux stationnaient à Thil; ils dirigeaient et surveillaient les travaux. On nous a déclaré que la plupart des ouvriers étaient des prisonniers de guerre tant italiens que polonais et autres nationalités; beaucoup de femmes étaient également employées dans l'usine souterraine.
P. 4 - L'usine consistait en longs couloirs avec des sols bétonnés et des parois portant une légère couche de peinture. Une ventilation très convenable avait été installée. Pourtant, en maints endroits le sol était humide. La production de l'usine semblait plutôt orientée vers la fabrication de parties de fuselage pour V.1. Les plaques métalliques étaient rivetées ou soudées. La structure du corps de fusée était également fabriquée dans ces installations.
Nous n'avons découvert qu'un seul aileron; il est possible qu'il ait servi de modèle au cours du montage de la chaîne. Il y avait un grand nombre de tours, de perceuses, de presses et de postes de soudure électrique par points. A leur départ, les Allemands avaient essayé d'emmener les parties non achevées des fusées. Nous n'avons pas trouvé un seul fuselage complet, tandis qu'il y avait de nombreux corps inachevés, comme des ailerons de queue, des parties de nez et de guidage. De nombreuses caisses contenaient des pièces détachées, des rivets, des boulons, des clous, etc.
Une bande transporteuse aérienne, munie de crochets auxquels étaient suspendues des pièces, avait été mise en peinture. La photo 1 représente une vue de corps de fuselage partiellement assemblés ainsi que des ailerons de guidage que nous avons devant l'ensemble. La photo 2 montre quelques wagons chargés de tours. La photo 3 nous donne l'image de cette bande transporteuse aérienne.
3) Il s'y trouvait de nombreux postes à souder. Tous étaient pourvus de prises électriques. Des éléments (formant cabine) séparaient l'ouvrier de son voisin (aide) et les protégeaient ainsi des rayons de soudage. Ces éléments semblaient constitués en matière plastique (solutex). Il existait de longues rangées de bancs d'assemblage munies de larges protections transparentes. La longueur du couloir était de quinze à vingt pieds (5 à 6 m) ayant une moyenne de 12 pieds (4 m) de hauteur au plafond. L'usine était équipée d'un éclairage très lumineux. Il existait un magasin très vaste contenant des lampes électriques et dans un couloir des pièces de rechange. La voie ferrée étroite était desservie par des locos électriques, dont le courant était dispensé par voie aérienne. On nous a indiqué que cette voie standardisée permettait d'atteindre l'usine. L'entrée de la mine était à voie unique; toutefois de nombreux couloirs contenaient des doubles voies.
P. 5 - Il n'existait pas de couloir pour piétons le long des voies; il semble difficile de comprendre comment 2 000 personnes en entrant, et sortant, pouvaient être acheminées sans grande congestion.
4) On nous a rapporté que les Allemands étaient furieux de devoir quitter les lieux et dans un excès de rage ils avaient tué un certain nombre de jeunes gamins français, agés de 14 ans, qui travaillaient dans la mine. Les Allemands en sont partis le 1er septembre, mais ils sont revenus le lendemain pour évacuer du matériel. Comme ils n'avaient pas pu en récupérer une grande quantité, ils ont dynamité l'entrée de la mine avant de partir. Entre temps, les Français avaient déblayé cette entrée; les photos 4 et 5 représentent les batiments situés près de l'entrée principale: ils servaient de vestiaires et abritaient les services administratifs. Il n'y avait pas de bureaux au fond de la mine.
5) A la suite des constatations faites au cours de cette visite, on peut conclure que les Allemands escomptaient obtenir un rythme de fabrication en grande série de V. 1. Nous ne savons pas combien d'installations semblables existent; cette seule aurait, avec une production maximale, fourni des fusées V. 1 à une très grande cadence.
6) L'usine n'a pas pu être complètement inspectée vu que nous ne possédions que des lampes électriques de poche et que nous n'étions pas certains d'avoir parcouru tous les couloirs dans lesquels on produisait du matériel. On nous a certifié qu'avant notre arrivée, un major de l'U.S. Army était venu et avait pris les plans de la mine. Ainsi il est certain qu'une investigation complète sera eftectuée.
Dr C. N. Hichman
Expert consultant

Nota: Les photos, dont il est question dans ce rapport, n'ont pas pu être reproduites, vu leur mauvaise qualité.


Table
| Le KDO. de THIL | Ici il s'est passé quelque chose | Evolution du nom |
| Le service de l'armement de Nancy | Pourquoi le choix de Thil |
| Les effectifs | Les Disparus | Témoingnages | Les moyens | Destruction
| Série de photos de l'usine | "Visit to underground - V1 Manufacturing plant" |
| "Anlage Brunhilde" | L'accord Volkswagen-Peugeot |
| Similitudes et relations entre Thil et Kochendorf |