Dans un rapport de décembre 1987 «Die Aktivitäten des Volkswagenwerks in Frankreich von 1941 bis 1944», le Docteur Peter Lessmann a fait le point sur l'emploi des déportés dans l'usine souterraine de la mine de Tiercelet à Thil (Meurthe-et-Moselle). Avec l'aimable autorisation de l'auteur que nous remercions vivement, nous nous sommes inspirés de ce document pour donner quelques explications sur l'accord Volkswagen-Peugeot et l'emploi des déportés affectés dans un premier temps à l'installation, puis à la fabrication des engins de guerre, dans ce complexe souterrain que fut la «Minette GmbH», qui fonctionnait dans les galeries de la mine de Tiercelet.
Dès novembre 1940 le «Generalbevollmächtigter für das Kraftfahrwesen» (GBK) avec le conseil du «Wirtschaftsgruppe Fahrzeugbau» (WiGruFa) devait informer le chef du «Deutschen Beschaffungsamtes in Frankreich» de remettre en état de marche les usines situées dans les régions conquises par les troupes.
Les industriels français ne se montrèrent pas récalcitrants à une telle mesure et leurs gouvernants ont signé des contrats, dans le but d'éviter tout démontage et récupération de la part des occupants de leur outil de travail. L'industrie française voulait surtout éviter une baisse générale de la production et ne pas se trouver devant un chômage record; il fallait aussi conserver le ravitaillement en matières premières, s'assurer des liquidités pour moderniser leurs installations. De ce fait, il n'y avait pas d'autre alternative que travailler avec l'envahisseur. Jusqu'à la fin de l'Occupation, 85 % de la production française de camions prendront le chemin de l'Allemagne.
Dès 1941, l'usine Peugeot de Montbéliard sera sollicitée par «Volkswagen de Fallersleben» (d'après K.T.B. du 15 avril 1941) pour la fabrication de têtes de cylindres. Le 24 juillet, les deux sociétés s'associent pour la construction de deux moules et le 14 octobre pour la fabrication de 100 000 têtes de cylindres... et la liste n'est pas close.
D'autres firmes allemandes s'allieront, elles aussi, avec Peugeot, dont l'importance va croître de jour en jour; mais le bombardement effectué par les alliés le 16 juillet 1943 va détruire leurs forges, leur outillage, leurs emboutisseuses et un incendie va anéantir leur stock de pneus. Et sous la pression des éléments de la résistance, Peugeot va réduire nettement ses activités. Le 23 mars 1944, la moitié du personnel s'est mis en grève pour une journée. Les directeurs seront en état d'arrestation.
Le débarquement en Normandie du 6 juin 1944 marque le début de la séparation de Volkswagen et Peugeot...

Remarque: "LE POINT" 25 novembre 1995 - N° 1210
.... Chez Peugeot,la fibre patriotique des dirigeants, à commencer par la famille, ne saurait non plus être mise en doute. Jean-Pierre Peugeot, responsable de l'entreprise, contribuera au financement d'un maquis de la région. Il couvrira les états de production truqués envoyés à la Kommandantur, ainsi que les sabotages effectués dans ses usines par la Résistance, auxquels participent ses propres neveux !
Entre septembre 1943 et le printemps 1944 ont lieu plusieurs attentats volontaires, dont les Allemands ne sont plus dupes, et Jean-Pierre Peugeot préfère passer en Suisse.


Table
| Le KDO. de THIL | Ici il s'est passé quelque chose | Evolution du nom |
| Le service de l'armement de Nancy | Pourquoi le choix de Thil |
| Les effectifs | Les Disparus | Témoingnages | Les moyens | Destruction
| Série de photos de l'usine | "Visit to underground - V1 Manufacturing plant" |
| "Anlage Brunhilde" | L'accord Volkswagen-Peugeot |
| Similitudes et relations entre Thil et Kochendorf |